mercredi 25 mars 2009

Cabinet de curiosités

La célèbre maison de vente aux enchères Christie's organise, le 7 avril, une vente d'"Arts décoratifs du XVIème siècle au XIXème siècle et Histoire naturelle".  Peu de coquillages actuels si ce n'est une paire de Nautilus pompilius totalement surévaluée  (€400 - €600 !), mais quelques pièces exceptionnelles, notamment en paléontologie, parmi les 127 lots. Quelques regrets néanmoins : l'indigence scientifique des commentaires, et le flou entretenu sur la restauration de certaines pièces, comme cet oursin fossile Rhabdocidaris sp. de l'île de Ré, d'évidence fruit d'une patiente reconstruction. A part ça, si il vous reste de la place dans le salon et que vous ne savez pas quoi faire de votre golden parachute, il y a quelques bricoles sympathiques, par exemple là et là.

lundi 9 février 2009

Ni Dieu mais maître

Le Pr Alan Kohn est le co-auteur de l'ouvrage de référence "Manual Of The Living Conidae Vol.1" (il n'y aura malheureusement pas de Vol. 2), ainsi que de l'inestimable site The Conus Biodiversity Website.  David Touitou a eu l'excellente idée de l'interviewer pour le site Seashell Collector. D'ou il appert notamment que Conus ebraeus aurait un frère caché, que les Conus pennaceus d'Hawaï restent un mystère et que l'on peut espérer prochainement une - nécessaire - révision des cônes caribéens. A lire, donc.

P.S A titre personnel, j'ajouterais que le Pr Kohn s'est toujours montré pour mes questions - fussent-elles de néophyte - d'une disponibilité exemplaire. Qu'il en soit publiquement remercié.

mardi 27 janvier 2009

Mappa trafiquées

Voici un bel exemple de Cypraea mappa trafiquées - à l'acide et/ou par des moyens mécaniques - pour que leurs dessins ressemblent plus ou moins fidèlement à des lettres de l'alphabet. Saluons le travail de l'artiste, mais de là à débourser $300...


Plus de détails là.

vendredi 16 janvier 2009

Les Cypraea lurida de Mahdia

Sur la côte Est d'une Tunisie aux côtes défigurées par des kilomètres de front de mer bétonné - effet d'un développement touristique anarchique et incontrôlé qui assure au pays près de 6% de son PIB -, la vieille ville de Mahdia exhale encore un certain parfum d'authenticité. Au bout, c'est le Cap Afrique; un vieux cimetière marin y surplombe un minuscule port de pêche phénicien accueillant encore quelques barques colorées.


Des milliers de tombes blanches alignées - elles sont orientées vers La Mecque - dévalent le relief jusqu'à la mer. Les plus anciennes sont mangées par les vagues : la marée recouvre ces minuscules trous rectangulaires creusés à même la roche. Dans les anfractuosités, Cypraea lurida Linné, 1758 est assez commune, même en plein jour.


Celles-ci resteront dans leur nécropole salée. L'espèce est en effet protégée par la convention de Berne, au même titre que les autres porcelaines méditerranéennes - pyrum, achatidea et spurca. Un vieux lot de coquilles, censées avoir été pêchées dans les années 80 - quel intérêt aurait pu avoir le vendeur à mentir ? Il n'était même pas au courant de l'interdiction... -, sera découvert au fond d'une boutique borgne, encalminées dans leur jus de poussière et de décomposition. Plusieurs bains énergiques finiront par leur redonner leur éclat.


Plus loin, à coté d'un stock de Charonia lampas lampas Linné, 1758 pêché pour la consommation (bien que tout aussi protégé), un petit tas de Cypraea turdus Lamarck, 1810, confirmant la présence en méditerranée de cette espèce considérée naguère comme endémique à la Mer Rouge. Si le réchauffement climatique se poursuit, on peut espérer un jour récolter des pantherina à Saint-Trop'.

mercredi 31 décembre 2008

vendredi 5 décembre 2008

Sauvons le Guépelle !

Il est un lieu, près de Paris, ou les coquilles se ramassent à la (tracto) pelle sur le sable fin. Ces coquilles ont une quarantaine de millions d'années, elles datent du Bartonien. Le site est connu sous le nom du Guépelle, son existence est aujourd'hui menacée. Depuis plusieurs années, une petite association de passionnés l'étudie; elle lance aujourd'hui une pétition pour sa sauvegarde :

"L’AESSFG (Association pour l’Etude et la Sauvegarde du Site Fossilifère du Guépelle) a entrepris depuis plusieurs mois une démarche officielle pour la sauvegarde du site bartonien de la sablière du Guépelle à Saint-Witz (95). Ce site, actuellement en exploitation, est connu depuis 2 siècles. Il est un élément de patrimoine inestimable car il contient à lui seul la majorité des témoins paléontologiques et géologiques de l’histoire du Bartonien du Bassin Parisien. L’AESSFG vient de constituer un dossier complet visant à obtenir un classement RNR (Réserve Naturelle Régionale) de l’ensemble du site, dossier transmis la semaine dernière aux autorités compétentes :- Conseil Régional d’Ile-de-France - Conseil Général du Val d’Oise - Communautés de Communes de Roissy Porte de France - Parc Naturel de l’Oise – Pays de France (PNR Oise)- DIREN Aujourd’hui, l’AESSFG n’est pas du tout certaine d’obtenir une issue favorable. Les principaux points durs et menaces sont :- un comblement définitif du site à mi-2010 : il faut donc aller vite pour éviter non seulement la disparition des témoins géologiques, mais aussi de l’habitat de l’Hirondelle de Rivage (Riparia riparia) et plus généralement d’un écosystème original (habitats pionniers de sablières sèches) ;- une pression foncière importante sur zone : des terrains rendus en l’état verront leur valeur augmenter sensiblement en regard des perspectives d’installation de zones urbaines et/ou industrielles ;- la communauté de Communes de Roissy ne portera pas le projet au niveau local, déclarant ce projet hors de son champ de compétences.Pourtant, la Région et le Département seraient prêts à agir, mais ne peuvent le faire sans un porteur de projet local. Le PNR Oise manifeste également un soutien au projet. La présente pétition vise à démontrer, par un soutien massif, la nécessité de préserver le site du Guépelle en tant qu’élément essentiel du patrimoine géologique et naturel.Elle est en place sur le site http://www.mesopinions.com/Sauvegarde-du-site-fossilifere-bartonien-du-Guepelle--95--petition-petitions-b371d7961f95172e26d28f014468841a.html , où vous pouvez aller la signer.Ceci ne prend que quelques secondes…Il s’agit d’obtenir le plus de signatures possibles : n’hésitez donc pas à relayer cette information largement autour de vous (notamment dans tous les forums spécialisés dans lesquels vous pouvez copier-coller l’intégralité de ce message). Nous cherchons à obtenir un effet de chaîne le plus massif possible.Nous remercions d’avance tous les amateurs des Sciences de la Terre et de la Vie qui nous soutiendront , L’AESSFG(site Internet : www.aessfg.free.fr )Pour ceux qui souhaitent en savoir plus : l’intégralité du dossier de demande de classement RNR est consultable à l’adresse Internet suivante : http://www.megaupload.com/fr/?d=EYVO6YXQ"

Si vous le souhaitez, signez et relayez !

mercredi 19 novembre 2008

Une histoire de Kuphus

Contrairement à une croyance bien implantée, le plus grand des bivalves ne serait peut-être pas Tridacna gigas Linné, 1758, le fameux bénitier géant qui peuple les lagons des mers chaudes - ainsi que, réduit de moitié, les entrées des églises. Le record appartiendrait en réalité à Kuphus polythalamia Linné, 1767, selon une ancienne édition (1997) du Registry of World Record Size Shells. Celui-ci indique l'existence d'un spécimen de plus de 1,50 m - curieusement, l'édition 2005 ne le mentionne plus - quand Tridacna gigas y plafonne à 1,37 m.

Kuphus polythalamia Linné, 1767 - 650 à 700 mm, Philippines.

Le registre des records vaut certes plus pour la satisfaction narcissique des collectionneurs qui y sont cités que pour sa contribution scientifique à la conchyliologie*; au moins, la question mérite d'être posée, et on peut regarder d'un autre oeil cet espèce de tube informe au nom imprononçable, connu des seuls spécialistes et des collectionneurs de bizarreries.

La littérature le concernant est pourtant pléthorique au XIXème siècle, les auteurs ne sachant pas à quelle genre attribuer ces tubes mystérieux, décrits par Linné en 1767 comme Serpula polythalamia - pour ne rien arranger, le maître de la classification moderne avait fait une erreur, dans la dixième édition de Systema naturae (1758), comme le notera plus tard Deshayes dans son Traité élémentaire de conchyliologie (1853) : "Linné avait confondu, sous le nom de Serpula arenaria, des choses entièrement distinctes".

Extrait de LAMARCK, 1801 - Système des animaux sans vertèbres

Au final, Kuphus polythalamia est donc un bivalve, de la famille des TEREDINIDAE. Un minuscule bivalve, une coquille de quelques centimètres au plus, qui après une phase classique de croissance se met en tête de se transformer en tube. La plupart des exemplaires qui circulent sont en fait cassés à leur base. Celle-ci montre deux tubes accolés, un pour chaque siphon (inhalant et exhalant). Harry G. Lee, du Jacksonville Shell Club, possède un Kuphus entier. Passé aux rayons X, le tube révèle les deux valves, restées prisonnières.



On ne sait pas grand chose d'autre, si ce n'est que Kuphus polythalamia vit dans la boue des mangroves. Ce n'est assurément pas un coquillage de décoration, mais une vraie curiosité conchyliologique.

* Rien de péjoratif dans cette remarque : la recherche de satisfactions narcissiques est l'un des ressorts de la collectionnite.