jeudi 5 novembre 2015

Fakes en stock

Comme tout secteur marchand, la conchyliologie n'échappe pas à la contrefaçon - à tel point que le terme anglophone fake est passé dans le langage courant des collectionneurs. Si, dans le passé, de louables tentatives ont été recensées un peu partout dans le monde (citons par exemple les Cypraea arabica chauffées sur feu de camp - la fameuse forme "trafficata" - de Madagascar), ce sont bien les Philippins qui se montrent les plus constants dans l'inventivité, transformant la pratique en art tout en fournissant des coquilles inédites à des cadences quasi industrielles ; impossible de passer quelques heures à Punta Engano (Cebu) sans s'en voir proposer, et parfois refourguer lors d'un moment d'inattention. Voici quelques exemples, la plupart achetés en connaissance mais - à peine - représentatifs de l'imagination débridée des "docteurs" Philippins.

La promesse : Conus cf beatrix
La réalité : un Conus du complexe praecellens passé à l'acide et/ou poli. L'astuce consiste à conserver des motifs sur la spire.


 
La promesse : Conus distans freak
La réalité : un Conus distans freak effectivement, mais dont la coquille a été polie (d'ou la couleur bleutée) et avec une méchante cicatrice rebouchée à la résine époxy. Las, avec le temps la résine a changé de couleur.

La promesse : la rare forme jaune de Conus kinoshitai f. tamikoae
La réalité : une vulgaire forme pâle teintée en jaune.


La promesse : Cypraea eglantina au superbe motif zébré.
La réalité : Une coquille partiellement chauffée pour obtenir cet effet. Les zones protégées (par quoi ? mystère) conservent leur couleur originelle


La promesse : Cypraea aurantium
La réalité : une Cypraea mappa ou geographica peinte en rouge. Ce fake assez primitif date de la fin des années 90 et n'est plus produit, la cote actuelle de cette espèce ne valant plus qu'on y investisse temps et peinture.


La promesse : Cypraea geographica au dessin exceptionnel
La réalité : la coquille a été partiellement débarrassée de ses couches superficielles pour ne laisser que les parties centrales et marginales du dessin. Mon préféré, vraiment intriguant.


La promesse : Cypraea guttata rostrée
La réalité : Des becs en résine époxy ont été ajoutés à une coquille trouvée morte puis artistiquement peints. Beaucoup de travail pour un résultat assez réussi, mais qui aurait mérité un état plus glorieux de la coquille d'origine.


La promesse : Cassis cornuta nain (25 mm) et difforme
La réalité : Un juvénile dont le dernier tour a été scalpé (la coquille entre la dernière varice et la lèvre a tout bonnement été enlevée), laissant apparaître l'axe columellaire.

jeudi 26 février 2015

Bourse de Paris

L'AFC organise les 14 et 15 mars à Paris la 27ème Rencontre Internationale du Coquillage. Venez nombreux !

samedi 24 janvier 2015

"Bible" en ligne

Édité en 1995, le Manual of Living Conidae (Rockel, Korn & Kohn)* reste, malgré les inévitables évolutions taxonomiques survenues pendant ces deux décennies, un ouvrage indispensable à toute bonne bibliothèque conchyliologique qui se respecte. Introuvable depuis 15 ans, jamais réédité, celui que les collectionneurs de Conidae appellent simplement le RKK a vu sa cote sur le marché de l'occasion s'envoler - certains exemplaires s'affichent encore à $899 sur Abebooks.


 Bonne nouvelle, l'ouvrage est désormais disponible en version numérique grâce aux efforts de l'excellent site The Cone Collector, qui édite la newsletter éponyme.


*  Il s'agissait en fait du Volume 1, dédié à la région Indo-Pacifique. Les autres n'ont hélas jamais vu le jour mais l'un des trois auteurs, Alan Khon, vient de publier un nouvel ouvrage consacré à la faune d'Amérique du Sud et des Caraïbes.

mercredi 17 décembre 2014

Sans famille

Longtemps classé dans les Naticidae, Cernina fluctuata Sowerby I, 1825 est désormais membre des Ampullinidae, et le pauvre est bien seul : c'est le dernier représentant vivant d'une famille qui en a compté plusieurs dizaines, et notamment Globularia parisiensis Raulin, 1844, célèbre fossile du bassin parisien.


Cernina fluctuata - 65 mm, Philippines, Palawan, Cuyo Isl.
Cette espèce, probablement endémique de la région de Palawan aux Philippines, et peut-être même de la seule île de Cuyo, atteint de grandes tailles - jusqu'à 80 mm. Contrairement aux opercules très larges des natices, qui protège parfaitement l'animal, celui de Cernina fluctuata est réduit à sa plus simple expression - est-ce la raison d'une telle hécatombe au fil des millions d'années ? C'est suffisamment surprenant pour que, à première vue, on crie parfois à l'erreur, voire au trucage.