jeudi 11 septembre 2008

Ce qu'ils sont devenus - Rare shells 7/50

Septième épisode de la série relative au destin des 50 espèces mises en avant par S. Peter Dance dans "Rare Shells", consacré à ce qui reste sans doute comme le plus célèbre des coquillages de collection, Epitonium scalare (Linné, 1758).

Un livre complet suffirait à peine pour tracer de manière exhaustive le destin de cette "scalaire précieuse", longtemps considérée comme l'un des coquillages les plus rares au monde. Sa beauté, son extraordinaire structure helicoïdale aux tours successifs non accolés, sa jolie couleur ivoire - parfois légèrement rosée - et son brillant de porcelaine, sa provenance mystérieuse - l'exotique Mer de Chine -, tout concourt à l'élaboration du mythe.

Epitonium scalare (Linné, 1758) - 58 mm, Vietnam

Sa première évocation dans la littérature, rappelle Sir Peter Dance, revient sans doute au grand voyageur Balthasar de Monconys, qui tombe en arrêt, en 1663, devant un exemplaire appartenant à la collection du hollandais Ernst Roeters. Au XVIIIème siècle, des fortunes sont dépensées pour obtenir les rares coquilles disponibles. Ainsi, vers 1750, l'empereur Franz I Stephan* - le mari de l'impératrice Marie-Thérèse, héritière des Habsbourg - débourse la somme, colossale à l'époque, de 4000 guilders pour en aquérir une.

L'histoire la plus fameuse concerne la supposée existence de fausses Epitonium scalare, fabriqués en pâte de riz par les Chinois. La fraude aurait été détectée rapidement : les coquilles se dissolvaient dans l'eau. Mais certains auteurs (dont Dance) penchent plutôt pour une légende, comme il s'en forge souvent au fil des siècles.


Quoi qu'il en soit, une telle réplique d'époque vaudrait aujourd'hui, si elle avait résisté au temps, des milliers de fois plus cher qu'un original. Aujourd'hui, une poignée d'Euros suffit pour enrichir sa collection de cette pièce indispensable. On a d'ailleurs beaucoup de mal à comprendre la rareté passée de cette espèce. Elle est localement commune, et son aire de répartition est très large : du Japon à l'Australie, et de l'Inde aux îles Fidji. Sans doute les rares fournisseurs de l'époque réussirent-ils tant bien que mal à organiser la pénurie.

* Lequel collectionnait aussi les enfants : sa femme Marie-Thérèse, lui en donna seize en dix-neuf ans.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Dans un catalogue de 1974 édité par la Grange Batelière, l'auteur, Sergio Angeletti, membre de la Société Malacologique Italienne, précise à propos d'Epitonium scalare : "Coquille très rare aux XVIIe et XVIIIe siècles (Catherine II de Russie et l'empereur François 1er en possédèrent des exemplaires payés un prix exorbitant). Les Chinois en exécutèrent des faux en pâte de riz. Encore rare au XIXe siècle, on le trouve aujourd'hui sans trop de difficultés". L'exemplaire (assez abîmé par ailleurs) présenté dans ce catalogue provient de Wakayama et a été péché à une profondeur de 60m.

Scaphander

Zonatus a dit…

> Scaphander

Merci pour ces précisions.

Sylvie a dit…

Très intéressant, comme tous tes articles et les belles photos ! Merci.
A propos de faux... Après avoir lu ici et l'article de G. Poppe et son dernier livre, j'ai bien scruté mes coquilles : une Cypraea mappa me semble douteuse, le dessin est trop beau ! Elle est ici...
http://siratus-alabaster.over-blog.com/photo-1008357-Cypraea-mapa--for--t_JPG.html

Zonatus a dit…

Bonjour Sylvie,

C'est un phénomène qui existe parfois, ces motifs clairs dans la largeur de la coquilles, dûs à un défaut du manteau (voir par exemple http://pagesperso-orange.fr/zonatus/Liste/Liste/Cypraeidae/Mappa_75.jpg), mais c'est vrai que sur celle-ci, la régularité des excroissances est franchement douteuse... Si tu ne l'as pas payée trop cher, c'est une curiosité intéressante comme tous les fakes.